Quand le souper est prêt et servi à 17 h parce que tu anticipes que c’est l’heure de manger, ton coco n’expérimente pas la faim. Quand ton enfant semble avoir de la difficulté à couper sa viande et que tu prends le couteau, que tu lui coupes sans même lui laisser le temps d’essayer, sans même prendre le temps de lui demander s’il a besoin d’aide… comment veux-tu qu’il apprenne à se débrouiller? Comment peut-il apprendre à demander?

Quand tu envoies des CV pour ton ado, évidemment pour l’aider, comment veux-tu qu’il mette son système « D » en pratique, comment veux-tu qu’il utilise sa capacité à chercher des solutions?

Je sais que ces parents-là sont bien intentionnés, pourtant quand je leur demande ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants, ils me répondent : « Qu’ils soient autonomes, qu’ils accomplissent de grandes choses et qu’ils se réalisent comme personnes. » Alors, pourquoi ne pas les laisser expérimenter? Pourquoi ne pas les laisser vivre leurs expériences?

Ne pas lui laisser prendre de risque, ne pas lui laisser l’opportunité de faire le mauvais choix, ne pas lui laisser prendre la voie la plus difficile, ça peut paraître « être un bon parent », mais en fait, on l’empêche de vivre l’échec, de se remonter les manches pour travailler, d’apprendre la résilience et de se faire confiance. Tout devient difficile pour lui, tout devient source de stress lorsqu’il doit faire de nouvelles choses et que son parent n’est pas là.

Le rôle des parents, ce n’est pas d’empêcher les défaites, mais plutôt d’accompagner notre enfant dans ses épreuves pour qu’il en soit grandi.

En vieillissant, ça fait des ados qui veulent avoir tout cuit dans leur p’tit bécot (comme dirait ma grand-mère), des ados stressés de faire des appels pour un rendez-vous, car ils ne l’ont jamais fait et ils ne savent pas comment faire, des enfants qui sont dépourvus devant la nouveauté et qui se fient sur les autres pour leur propre bonheur.

Intérieurement, la question à se poser c’est : « Qu’est-ce qui peut arriver de pire? » Si je laisse mon coco grimper dans l’arbre, qu’est-ce qui peut arriver de pire? Un bras cassé. Suis-je prêt à le laisser vivre cela? Que va-t-il apprendre de cette situation? (Je suis monté beaucoup trop haut! Je n’avais pas les bons souliers, etc.)

Je laisse mes garçons faire leurs valises pour les vacances et une fin de semaine, l’un d’eux a oublié tous ses « boxers ». On a bien ri et on a trouvé une solution. Maintenant, c’est la première chose qu’il met dans sa valise. Que peut-il arriver de pire s’ils font leur valise, il manquera un pantalon ou il aura un chandail trop chaud? Ce n’est pas grave, on s’ajustera.

Très tôt, mes garçons voulaient m’aider à cuisiner et bien sûr, c’était couper les légumes qui était le plus attirant. Qu’est-ce qui pouvait arriver de pire? De se couper? Est-ce grave? Je leur ai donné quelques trucs de sécurité et puis go, coupez les gars. On en profite quand ils veulent aider.

Quand on apprend à un enfant à faire des choix, on le responsabilise. On lui montre qu’on lui fait confiance et qu’il en est capable. On lui permet de découvrir et de mesurer lui-même les risques. Puis, il prend conscience de sa capacité à progresser et son estime de lui-même grandit. 

Laissez expérimenter son enfant, ça demande des efforts comme parent. Il faut faire preuve d’ouverture et de lâcher-prise, car le résultat ne sera pas nécessairement ce à quoi on s’attend. On est très content quand notre enfant s’habille seul même si le « kit » choisi peut être surprenant. Hihihi!

Lorsque tu dis à ton enfant : « Attention, tu vas te faire mal », « Viens ici, je vais t’aider, car tu ne seras pas capable » ou « Laisse-moi faire », ça nuit à sa confiance en lui. C’est lorsqu’il ressent la confiance que tu lui portes qu’il se sent apte à réaliser de nouveaux trucs.

Ne faites pas les choses à leur place. Arrêtez de les sous-estimer. Laissez-leur le temps d’essayer puis de demander de l’aide avant de les secourir.

 

Mélanie Charest, Coach familial